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La motricité libre

La motricité libre vous connaissez ? Vous pratiquez ?

L'enfant peut se mouvoir comme il le veut et à son rythme

Bonjour à tous.
Ces derniers temps, de plus en plus de parents me demandent mon avis d’ostéo sur des sujets tels que le portage, l’allaitement, l’intérêt de tel ou tel accessoire de puériculture, tétine ou pouce, etc…
Pour répondre plus en détail à ces questions, je commence ce jour une série d’articles axés sur le développement du tout-petit.

Pour commencer, il me paraît  important de parler d’un sujet qui est en lien avec quasiment tous les autres :
la motricité libre.
… mais qu’est-ce-que c’est ?

Tout simplement faire ce qui peut paraître le plus simple (mais qui ne l’est pas toujours avec un enfant) : NE RIEN FAIRE! Ou plus sérieusement laisser l’enfant apprendre à bouger à son rythme en lui laissant une grande liberté de mouvement.

« La liberté motrice consiste à laisser libre cours à tous les mouvements spontanés de l’enfant, sans lui enseigner quelque mouvement que ce soit. » Emmi Pikler

Un peu d’histoire :

Le concept de motricité libre a été développé par Emi Pikler, pédiatre hongroise dans les années 60. Forte de sa formation en clinique et de sa propre expérience de mère, Emi va voir grandir la conviction que le nourrisson n’a pas besoin de l’intervention d’un adulte dans son développement moteur. Conviction qui grandira en observant les familles qu’elle suit en tant que pédiatre de famille et à qui elle prodigue ses conseils.
Par la suite, nommée responsable d’une pouponnière, elle va mettre en place un gigantesque travail méthodologique sur plus de 700 enfants laissés libres de leurs mouvements.
Ses résultats tendent à montrer que lorsqu’on laisse l’enfant se mouvoir librement et à son propre rythme, celui-ci acquiert son développement moteur tout à fait naturellement et dans un ordre bien précis.
On peut retrouver le compte-rendu de ses travaux dans son livre « Se mouvoir en liberté dès le premier âge »


Aujourd’hui ces travaux sont reconnus et acceptés par un grand nombre de professionnels de santé et de la petite enfance, la motricité libre est de plus en plus pratiquée dans les lieux d’accueil des tout-petits, crèches et halte-garderies.

motricité libre, tapis d'éveil

Les pré-requis : un environnement adapté  et sécurisant :

  •  Une bonne sécurité affective et une relation harmonieuse avec les adultes responsables de l’enfant. La motricité libre ne signifie pas ne pas s’occuper de l’enfant, au contraire c’est un accompagnement tendre et respectueux du développement propre du bébé.
  • Un environnement adapté : qui se résume en « ni trop, ni trop peu ». Un espace assez grand pour que l’enfant soit libre de ses mouvements mais pas trop pour ne pas qu’il s’y sente perdu, quelques jouets adaptés à son âge pour attiser sa curiosité, un support ni trop dur (pas confortable) ni trop mou (entrave la mobilité) et des vêtements confortables, pas trop serrés, des chaussettes ou chaussons souples laissant toute leur mobilité aux pieds.
  • Une relation chaleureuse et bienveillante avec la personne qui s’occupe des soins au nourrisson, afin d’éviter de « crisper » l’enfant par des manières trop brusques de le porter, le changer, etc… (je vous ferais bientôt un article sur l’haptonomie qui a beaucoup à nous apprendre dans la manière de toucher un enfant)

motricité libre, bébé se retourne tout seul

En pratique comment ça se passe ?

Des les premiers mois de vie, un simple tapis confortable offre un espace d’éveil suffisant à l’enfant, qui va lui permettre de développer tout seul ses capacités, tourner la tête, relever les jambes, agiter les bras puis pivoter pour tenter d’attraper des objets… On le pose sur le dos, position qui ne lui demande pas d’efforts et lui permet d’observer et d’interagir avec son environnement.
On peut aussi lui faire prendre son bain dans des conditions de motricité libre : faire couler de l’eau à hauteur des oreilles de l’enfant, dans une baignoire à fond plat. Essayez vous verrez c’est surprenant au début mais les enfants adorent et c’est très reposant pour le parent !

Idéalement il faudrait attendre que l’enfant se retourne tout seul pour le laisser sur le ventre, mais la position ventrale présente beaucoup d’intérêt, on peut donc l’y installer un peu plus tôt. En effet, en cherchant à relever la tête puis le torse, le bébé va fortifier sa chaîne musculaire postérieure ce qui va prévenir les risques de plagiocéphalie (aplatissement d’un côté du crâne aggravé par la position couché sur le dos).
On se contente au début des moments de change pour retourner l’enfant en boutonnant le pyjama, puis petit à petit on pourra, selon son aisance, le mettre sur le ventre dans ses moments d’éveil, en veillant à ne pas le laisser se fatiguer, et toujours sous surveillance.

En continuant son exploration du monde, l’enfant va petit à petit apprendre à se retourner, puis à ramper (chacun son style dans les débuts de la mobilité!) pour aller doucement vers le quatre-pattes.
A partir de la position quatre-pattes, l’enfant va pouvoir pousser sur ses bras pour s’asseoir de lui-même. Une fois cette position acquise, il pourra y revenir et en sortir en restant maître de son confort, sans se retrouver « bloqué » dans une position imposée par des adultes.

En grandissant, l’enfant va tenter de se lever en s’accrochant aux meubles de la maison, pour être à la hauteur des membres de la famille, voir ce qu’il se passe, attraper de nouveaux objets. Il passera de meubles en meubles, en se lâchant de plus en plus jusqu’à tenir debout sans support et décider un jour de faire l’expérience de la marche, tout seul, sans qu’on ait eu besoin d’intervenir !

motricité libre, bébé se lâche pour marcher

 Ce qu’il faut éviter :

  • L’utilisation trop fréquente de matériel postural :
    • transat, qui maintient l’enfant dans une position semi-assise artificielle
    • Coussin cale bébé : idem pour la position assise
    • Youpala et trotteur : qui peuvent même être franchement néfastes pour l’acquisition de la marche, l’enfant se déplace en poussant sur ses orteils plutôt que sur ses talons, les roues empêchent la gestion du déséquilibre pourtant nécessaire au basculement d’un pied sur l’autre…
    • Petit aparté sur les porte-bébés non physiologiques où l’enfant est suspendu par son bassin, dans une position verticale artificielle demandant beaucoup trop d’effort à sa musculature, il va sans dire qu’ils sont à éviter ! (article sur le portage physiologique prévu pour début 2015).
  • L’aide trop fréquente des adultes pour mettre l’enfant dans une position qu’il ne maîtrise pas:
    • assis tant qu’il ne peut pas le faire de lui-même : l’enfant est « coincé » dans cette position, ce qui créé des tensions corporelles et entrave l’apprentissage de son schéma corporel (jambes et bassin sont bloqués, il ne peut utiliser que ses membres supérieures)
    • mettre bébé debout, même si celui-ci pousse sur ses jambes (en ostéo on retrouve dans ce cas des blocages à type de torsions dans les jambes)
    • l’aider à marcher en lui tenant les bras. Si l’enfant est vraiment en demande (le mien m’a fait le coup, il venait lui-même m’attraper les mains et se mettait à marcher), il faut se baisser un maximum pour que l’enfant n’ait pas à lever trop haut les mains. Astuce d’une psychomotricienne : placer un foulard devant l’enfant, le faire passer sous ses aisselles et le soutenir en tenant seulement les extrémités du foulard, de cette façon le mouvement de l’enfant se rapproche le plus possible de ce qu’il ferait tout seul.

Les bienfaits de la motricité libre :

Ils sont multiples :

  • une grande aisance corporelle, une fluidité dans les gestes
  • une grande confiance en lui, il se sent capable de faire par lui-même et d’essayer de nouvelles façons de faire
  • une plus grande prudence, une conscience de ses capacités ET de ses incapacités

D’un point de vue santé publique la motricité libre mérite aussi de l’intérêt :

  • elle diminue les risques de plagiocéphalie et utilisée en traitement, permet une régression des symptômes quand elle est pratiquée avant quatre mois. En effet, en respectant la construction motrice de l’enfant, celui-ci peut développer activement les muscles qui contrôlent la tête  et la ceinture scapulaire (haut du thorax, épaules, bras), de manière symétrique, évitant ainsi de reposer toujours sur le même côté du crâne. Les plagiocéphalies, en dehors d’un problème esthétique peuvent être responsables de retards moteurs, de scolioses et de problèmes ophtalmologiques.
  • elle diminue également les torticolis du nouveau-né (pour les mêmes raisons)
  • la motricité libre pourrait avoir une incidence sur la réduction des morts inattendues du nourrisson. En effet, une partie conséquente de ces  décès ont été recensés au moment du premier retournement de l’enfant dans son sommeil. Celui-ci n’ayant pas assez de force pour relever la tête, il y a un risque majeur d’étouffement. En étant régulièrement posé sur le ventre dans ses moments d’éveil, le bébé aura suffisamment de force dans ses muscles cervicaux pour relever la tête et la poser sur le côté.

Motricité libre et ostéopathie :

Le lien entre motricité libre et ostéopathie est interdépendant.
Un enfant qui est éduqué selon les principes de la motricité libre à la maison aura sûrement moins besoin de séances d’ostéopathie (et c’est tant mieux !).
Par contre si les conditions d’accouchement ont été particulières (forceps, spatules, expulsion très longue, césarienne…) ou si dans son apprentissage moteur les parents se rendent compte d’une dysmétrie ou d’une « mauvaise » posture persistante, une ou plusieurs séances d’ostéopathie peuvent être nécessaires pour aider le corps de l’enfant à continuer à se développer dans les meilleures conditions possibles.
Exemples : le bébé tourne sa tête surtout d’un seul côté, il ne se retourne que d’un côté également, il s’étire très souvent, il tête un sein calmement et semble inconfortable à l’autre, le mouvement des hanches est dissymétrique dans le quatre-pattes, à la marche un pied est en dedans, etc….

En retour, après une séance d’ostéopathie, les bienfaits du travail du thérapeute peuvent être décuplés si l’enfant évolue dans la motricité libre. Par exemple, si un bébé vient pour un torticolis mais qu’après la séance il passe la plupart de son temps d’éveil dans un transat ou un cosy, les tensions musculaires vont peu à peu se réinstaller et d’autres séances pourront apporter un soulagement temporaire. Par contre, si de retour à la maison ce bébé peut expérimenter de manière plus confortable le fait de tourner la tête à gauche et à droite, il va naturellement muscler symétriquement ses cervicales, et donc participer activement à l’amélioration de son état.

Pour en savoir plus : sources et liens intéressants

  • Le site de Michèle Forrestier, kinésithérapeute et auteure du livre : «De la naissance aux premiers pas» :  http://michele-forestier.fr/

 

Caroline Zumbihl

http://osteopathiemontpellier.fr/la-motricite-libre-vous-connaissez/

Les coliques du nourrisson

Les coliques du nourrisson

Dans la liste des problèmes de santé du nourrisson, les coliques arrivent en deuxième place après les régurgitations. Les coliques se présentent chez 10 % à 40 % des bébés. Est-ce votre cas?

Les symptômes

Dans la liste des problèmes de santé du nourrisson, les coliques arrivent en deuxième place après les régurgitations. Les coliques se présentent chez 10 % à 40 % des bébés (1) et elles se manifestent selon les symptômes suivants :

Un ventre très gonflé, tendu et dur, les mains sont crispées, les genoux sont repliés sur le ventre, et l’expression du visage et les pleurs expriment souvent la détresse du bébé. Des gaz assez puissants peuvent se manifester lorsque le bébé essaie de bouger pour se libérer de ses tensions(2). Malgré le fait que les causes des coliques ne soient pas clairement comprises ou cliniquement expliquées par la médecine, il existe cependant une « règle de trois » pour poser un diagnostic probable de coliques. Le bébé pleure plus de 3 heures par jour, plus de 3 jours par semaine et pour plus de 3 semaines (3). Les pleurs ou « crises de coliques » sont souvent concentrés en soirée et surviennent comme des crises spontanées imprévisibles et prolongées. En dehors des crises de coliques, le bébé semble heureux, dort bien et sa prise de poids est continue. Typiquement les coliques commencent autour de la troisième semaine de vie et se prolongent jusqu’au 3e ou 4e mois.

La cause des coliques peut être en lien avec de nombreux facteurs, cependant la cause la plus probable est liée avec l’état d’immaturité du système digestif à la naissance. En venant au monde, le nouveau-né va continuer de développer son système digestif et son système nerveux central qui sont très liés l’un et l’autre. En d’autres mots « c’est comme si l’estomac et les intestins ne sont pas complètement prêts à fonctionner à la naissance, mais que le bébé lui doit s’alimenter pour prendre du poids et se développer ».

Le traitement des coliques et l’ostéopathie

La grossesse et l’accouchement sont des contextes qui peuvent êtres difficiles pour le nouveau-né qui est soumis à différentes tensions qui peuvent causer des blocages au niveau des os, du crâne, du thorax, du bassin et surtout au niveau des organes qui se situent et s’attachent dans ces structures. Dès la naissance, un bébé peut être vu par un ostéopathe. L’ostéopathie est une excellente médecine qui a comme objectif la prévention de nombreux problèmes de santé qui surviennent durant les premières semaines et mois de vie du nouveau-né, tels que les coliques du nourrisson (4).

L’ostéopathie ne se supplée en rien à la médecine traditionnelle. Elle peut cependant aider à accélérer le processus de réduction et d’élimination des symptômes liés aux coliques (5), étant donné que la pédiatrie demeure assez impuissante devant cette problématique de santé du bébé.

Les manipulations effectuées sur le nourrisson sont très douces et très spécifiques à identifier les tensions localisées dans les organes du système digestif. L’ostéopathie peut favoriser l’équilibre des organes, en éliminant les tensions dans les membranes qui les recouvrent et favoriser ainsi localement une circulation sanguine plus efficace.

L’ostéopathe évalue aussi avec précision le trajet des nerfs qui alimentent les organes du système digestif. Ceux-ci doivent être libres de tension afin que les organes fonctionnent normalement. Certains de ces nerfs sont situés à la base du crâne du bébé et peuvent avoir été légèrement sous tension lors de l’accouchement et doivent être relâchés. D’autres nerfs se trouvent dans la colonne vertébrale et le bassin et peuvent aussi souffrir des tensions accumulées dans l’utérus avant la naissance (5).

Comme ostéopathe spécialisée avec les nouveau-nés, je donne beaucoup d’attention aux parents lors de la consultation pour un problème de coliques, des conseils et des outils pour rendre compétents les parents face à leur enfant aux prises avec les coliques. Des conseils de positionnement et des « exercices » à faire quotidiennement avec le bébé sont expliqués afin de remédier efficacement la condition du bébé après le traitement en ostéopathie.

En pratique clinique, nous remarquons que seulement 2 à 4 traitements en ostéopathie sont nécessaires pour réduire considérablement les coliques du nourrisson.

Références

  1. Stagnara et Al.. Éléments cliniques du diagnostic clinique du nourrisson, Enquête sur 2773 nourrissons, 1997.
  2. Lacono et Al. Paediatric study group on gastrointestinal symptoms in infancy, 2005.
  3. Wessel et Al, Paroxysmal fussing in infancy, colics, Pediatrics 1954.
  4. Frymann V., L’ostéopathie en hommage aux enfants, 1998.
  5. Sergueef N., Ostéopathie pédiatrique, 2008.
Camille Bernard

http://www.mamanpourlavie.com/sante/alternatives-naturelles/osteopathie/3429-les-coliques-du-nourrisson.thtml